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Les relances téléphoniques ou l’agression organisée

Demandez donc à des étudiants d’école de communication ce qu’ils veulent faire après leurs études, rares sont ceux qui vous annonceront sans complexe « je ferai des relations presse ! ».

Pourquoi ? Et à qui la faute ?…

  • Aux profs de com’ peut-être, qui ne savent pas leur donner cette simple (furieuse) envie d’y aller, ne serait-ce que d’essayer ?
  • A l’image du métier, sans doute, largement incarnée par cette ancienne garde des attachéEs de presse – Femmes forcément, blondes par nécessité et sottes par décret…
  • Aux entreprises enfin, qui reçoivent quelques étudiants – les plus motivés -, lesquels reviendront souvent dégoutés de ces stages RP où leur seul rapport avec la réalité est celui de la main moite sur le téléphone, transformé en instrument de torture quand il s’agit de « relancer le journaliste ! »

    Nous y voilà : « relancer le journaliste … ». Mais de quoi s’agit-il ? Faut-il des aptitudes particulières pour ce genre d’exercice ? Flexion ? Extension ? Épaulé Jeté ? De quel sport parle-t-on ?… Soyons clairs : Si la plupart des agences (ou services intégrées) revendiquent une mission de conseil en relations média, relations publiques – voire public relations – elles sont nombreuses à confier au premier stagiaire venu la lourde responsabilité des appels vers les journalistes, les fameuses « relances téléphoniques ». Je pèse mes mots : « lourde responsabilité ».

Les relations directes avec les journalistes constituent en effet l’une des composantes à fortes valeur ajoutée de ce métier. Quelle erreur d’imaginer que cet exercice indispensable, difficile, voire périlleux, puisse s’assimiler a une simple « relance » mécanique, « refourguée » à un stagiaire avec deux ans d’école de com’ dans les jambes. Evidemment certains pratiquent un genre de RP industrielles, basées sur l’envoi en masse des communiqués et les relances à la chaîne. Ils ont alors besoin de ces équipes d’étudiants élevés en batterie qui ne verront, pendant 3 ou 6 mois, ni le jour ni l’intérêt de notre métier. Mais pour quel résultat ?

Moi qui suis prof de RP et les « récupère » post-stage pour leur débriefing en entreprise, je peux dire que les rares étudiants qui ont tenté l’expérience n’y remettront jamais les pieds. Quel gâchis !

Aujourd’hui je souhaite lancer le mouvement pour «l’abolition des relances des journalistes ». D’abord parce qu’un journaliste reçoit plein de communiqués, tout le temps et doit toujours répondre à la même question: « s’il l’a bien reçu le communiqué qui parle de la société bidule et si il va faire quelque chose avec… » En fait il l’a bien souvent jeté ce communiqué, mal ciblé, mal titré, mal écrit, en espérant surtout que personne, jamais ne lui demande ce qu’il en à fait. Je ne reviendrai pas sur les chiffres que nous connaissons tous et qui évoquent la saturation d’informations à laquelle sont soumis les journalistes. Nous sommes entre gens de métier et je suggèrerais plutôt de se poser 5mn sur les effets de la relance, à savoir :

  • Crise d’angoisse du relanceur avant de prendre le téléphone,
  • Discours de call center, rabâché et exaspérant, face à un journaliste surbooké,
  • Réponse parfois du relancé… quelquefois polie,
  • Dépréciation du métier, dévalorisation de l’information, déprime du stagiaire, mécontentement du client, contentieux, perte de confiance ….

N’en jetons plus ! Stoppons les relances téléphoniques. Oui mais pour les remplacer par le dialogue. Faisons différemment . L’exercice prendra une autre tournure si l’on comprend la chaine de la valeur :

  • Prendre le temps de lire la presse,
  • Connaître ses interlocuteurs,
  • Savoir ce qu’ils écrivent,
  • Les appeler pour vérifier si un sujet pourrait les intéresser
  • Leur apporter de l’info (et oui c’est possible),
  • Leur faire rencontrer, à bon escient, les entreprises pour lesquelles on travaille, pour qu’ils connaissent mieux le secteur et ses hommes – et sans enjeux systématiques de retombée presse s’il vous plait (après la relance, la retombée quand je vous disais que notre métier était sportif)

Comprenons surtout que journalistes et consultants ont tout simplement quelque chose à se dire.
Parce que les relations presse ne sont ni un exercice de vente forcée ni une entreprise de pression psychologique.
Parce que l’information est un message personnalisé qui doit avoir une valeur pour qui la reçoit
Parce que ce rapport à l’autre sur le marché de l’information est indispensable et bénéfique pour les deux parties (RP/Journalistes) avant même de penser à nos clients et aux résultats escomptés.

Laissons donc à certains le soin de faire « tomber de la coupure » en fixant des stagiaires derrière un téléphone. Je considère que notre métier est de travailler avec l’autre, apprendre, comprendre et s’interroger pour diffuser une information pertinente – Pour ce faire il est juste indispensable de communiquer. Ca tombe bien, c’est notre job.

Haude Delic

One Response to “Les relances téléphoniques ou l’agression organisée

  • Mathilde
    6 ans ago

    C’est EXACTEMENT ce que je vis, c’est fou ! Je suis rassurée de savoir que ce n’est pas moi uniquement qui perçoit les RP d’une manière aussi… péjorative…
    Merci pour votre vision bien plus positive et enrichissante de ce secteur !

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