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Jérôme Dreyfuss, m’entendez-vous ?

dreyfussIl y a quelques semaines, l’idée un peu folle d’acquérir un sac Jérôme Dreyfuss m’a traversé l’esprit. Jérôme Dreyfuss, créateur glamour, compagnon d’Isabel Marant, et papa de très jolis sacs écolo-chics (Jérôme est l’inventeur de l’agri-couture) dont les petits noms, Oscar, Lucien, Billy…, suscitent la passion voire l’hystérie de ces demoiselles depuis quelques années… mais aussi de gros chagrins d’amour…

Où les acheter, comment les entretenir, lequel choisir, de combien de billets de 100 faudra-t-il se séparer… ? Ni une ni deux, je googlise « Jérôme Dreyfuss », histoire de glaner ces infos essentielles. Je jette un rapide coup d’œil sur le site de Jérôme, prend plaisir à naviguer sur un site soigné, mais qui respecte aussi un vieux code du luxe, en n’affichant pas les prix. Je décide donc de consulter les autres résultats de Google : 3ème lien : « Le mystère Jérôme Dreyfuss » sur le Blog de DeeDee, la truculente Parisienne, 4ème lien : « Jérôme Dreyfuss et moi, la fin d’une belle histoire » sur le blog de baleine sous caillou. Hum…

Voilà ce qu’on peut lire par exemple sur ce dernier :

« Ah, Jérôme, Jérôme… Je ne comprends pas. Tes sacs sont hors de prix. L’accueil que tu réserves à tes clientes est très moyen mais je n’y reviens pas puisque j’en ai déjà parlé il y a quelques temps. Ne parlons pas du service après-vente, qui ose proférer des choses aussi incongrues que « votre sac est tâché ? Voyons, mais vous n’aviez qu’à le porter avec un pantalon blanc et non un jean !« . Si si, je t’assure mon Jérôme, ce sont les propos que l’on tient à une fille qui a payé son sac 400 et quelques euros et qui le voit se doter de vilaines traces noires au bout de quelques jours. Tu l’avoueras, tout cela ne fait pas bien sérieux. »

Ce billet à suscité 75 commentaires entre le 27 juillet 2009 et le 22 mars 2010. Les modeuses déplorent notamment la mauvaise qualité des sacs, dont le prix est unanimement décrié ; certaines citent carrément le nom de griffes concurrentes dont elles vantent les mérites, d’autres en appellent au bon sens de la marque. Bref, beaucoup de consommatrices déçues, qui, lâchées par Bruno ou par Oscar, plaquées par Robert, s’en vont partager leurs déboires.

Morceaux choisis. « J’espère vraiment que JD prendra en compte toutes ces remarques et se remettra en question ». So ne mâche pas ses mots : « Il faut faire de la mauvaise pub, c’est la seule arme. Ces marques vivent uniquement grâce à l’image qu’elles véhiculent pas grâce à un savoir faire reconnu au fil du temps. Si les « branchées » commencent à les dézinguer, c’est fini ». « Je commence à craquer, et je suis à la limite de contacter une association de consommateurs quelconque afin d’en sortir avec cette histoire de sac à 470 euros pourri (…) !!! A part ça plus jamais JD », déclare, quant à elle, Emma.

Les ramifications magiques de la blogosphères nous menant d’un billet à l’autre, de découvertes en déceptions, je suis également tombée sur la savoureuse lettre ouverte à Jérôme Dreyfuss de DeeDee, où cette dernière raconte l’impolitesse et l’incompétence de la (pauvre) vendeuse du Printemps, ou le billet de Punky-b et ses 140 commentaires … tous négatifs et décourageant clairement les potentielles acheteuses de jeter leur argent par les fenêtres.

Pourtant, aucun de ces billets n’a suscité de réaction de Jérôme. Pourquoi tant de mépris ? Pourquoi cette marque emblématique reste-t-elle muette sur les blogs, quasi aphone sur Twitter et à peine audible sur Facebook ? Alors que les blogs de filles et blogs de mode continuent d’être les plateformes les plus lues et commentées, pourquoi Jérôme Dreyfuss ignore-t-il à ce point les doléances de ses fans ? Alors que beaucoup d’entre ces amoureuses déçues s’avouent être prêtes à recraquer si elles étaient un tout petit peu encouragées.

Il faut avouer que Jérôme, bien que se déclarant «  plutôt low-tech » lors d’un chat sur le site de l’Express l’année dernière, a bien tenté de faire preuve de bonne volonté, en expliquant qu’il « reste très respectueux de [s]es clientes et essaye toujours de faire le max pour [les] satisfaire. [Il] regarde les blogs quand [il] en a le temps, au hasard, et au bureau [ils] en parlent et essayent de prendre en compte les critiques afin d’améliorer constamment le service et la qualité. » … Fin décembre, il semble qu’il ait eu un petit sursaut communautaire en créant une page Facebook rassemblant à ce jour 837 fans. On peut y voir 17 photos de la nouvelle collection et quelques commentaires comme « Je vais encore tomber amoureuse… Qui sera le prochain après Louis, Billy, Paul et Jean ?? » Sur Twitter, pas d’activité débordante, une petite vingtaine de tweets seulement, la semaine dernière, liés à l’ouverture de la boutique de Soho.

Parce que les noms de ses sacs sont attachants, parce qu’il est jeune et talentueux, qu’il a bien su sentir la tendance « branché mais responsable », Jérôme Dreyfuss continue de bénéficier d’un véritable capital sympathie. Selon, Google insight for Search, c’est en Ile-de-France et en Paca que Jérôme suscite le plus de requêtes sur Google. Cependant, ses clientes sont celles qui arpentent les étages du Printemps ou le 6ème arrondissement, les autres achètent sur le net : ebay par exemple, car Jérôme ne fait pas de e-commerce.

Certes, il annonçait récemment l’ouverture d’une nouvelle boutique à New York, prêt à conquérir le cœur des fashionista nord-américaines, mais si les Parisiennes, trendsetteuses pointues, finissent par se fâcher du silence du créateur et de son apparente désinvolture, les bloggeuses new yorkaises seront-elles plus clémentes ?

Au moins, Jérôme Dreyfuss peut-il compter sur la sympathie naturelle des vendeuses de sa boutique de Big Apple, sur le sourire et la bienveillance desquelles repose le secret d’une relation client efficace et réussie. La vendeuse du Printemps, elle, peut au moins se consoler avec la naissance de sa notoriété online. Quant à moi, j’ai évidemment suivi les conseils de mes comparses avisées et économisé quelques menus euros.

Adeline Deliau

One Response to “Jérôme Dreyfuss, m’entendez-vous ?

  • Sur les blogls, on écrit souvent pour dire que l’on n’est pas contents, rarement pour congratuler…
    J’ai pour ma part un certains nombre d’amoureux Dreyfuss dans ma malle à sacs, et globalement j’en suis satisfaite. Du moins tout aussi satisfaite que de mes balenciagas, Dior et autres YSL…

    Si aujourd’hui, je n’achèterais pas de nouveau sac Dreyfuss, c’est essentiellement parce que je possède tous les modèles qui me faisaient envie, et que l’achat d’un nouveau Billy d’une nouvelle couleur, aussi désirable soit-elle, ne me semble pas raisonnable…

    Pour avoir récemment jeté un œil sur les petites marques qui montent (ayant le même type de cuir qui fait le succès de JD, souple, épais, au couleurs naturelles…), je pense à Abaco, Aridza Bross, …etc, force est de constater que les finitions sont déplorables pour des sacs à 500€, et ce même si les modèles sont innovants et pile poil dans la tendance…

    Jeter Jérome avec l’eau du bain me semble un peu hâtif. Tous les créateurs ont des hauts et des bas, des modèles plus réussis que d’autres, et parfois des erreurs de castings dans leur staff…
    Perso, je lui laisse encore une chance (notamment sur ses cuirs « rouges » qu’il réussit particulièrement bien)

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