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Anonymat et narcissisme

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Curieuse journée que celle d’avant-hier :  en plein « Quit Facebook Day » initié par deux internautes canadiens, un jeune réalisateur français présentait son dernier film documentaire « I am the media » sur le narcissisme à l’heure d’internet.

Voilà plusieurs semaines que la toile s’enflamme à propos de Facebook, découvrant brutalement après des années d’utilisation qu’effectivement, on s’expose sur Facebook, que l’on ne sait pas bien jusqu’à quel point nos données personnelles sont protégées ni ce que Facebook en fait. Il aura fallu les annonces d’avril dernier pour que certains utilisateurs se rebellent, allant jusqu’à boycotter le réseau social pour 33 000 d’entre eux.

Il y a un an, Jeremiah Owyang, encore analyste chez Forrester avait prédit l’extension du « j’aime » de Facebook à l’ensemble du web, sous le nom de « The Era of Social Colonization » (cf notre compte rendu de l’époque) soulevant quelques interrogations. Il indiquait aussi lors de sa présentation que pour les plus jeunes (la génération des tombés dans le net tout petits), la question de l’exposition sur internet ne posait pas tant de problèmes, qu’ils étaient beaucoup moins gênés par cet « exhibitionnisme en ligne » que leurs ancêtres, ceux qui avaient découvert le net après avoir vécu des années « offline ». C’était un peu le sujet du documentaire « I am the media »: Qu’acceptez-vous de montrer sur votre blog ? Pourquoi les gens se montrent-ils ? Cherchez-vous votre nom sur Google tous les matins ? …

Il y a une sorte de paradoxe entre cette recherche d’anonymat exprimée par le ras-le-bol contre Facebook (et les réserves face à la proposition de loi sur l’anonymat des blogueurs) et le narcissisme indissociable de l’internet 2.0, mis en scène dans « I am the media ». S’agirait-il d’une différence de génération entre vieux internautes qui veulent protéger leur identité et jeunes surfers hypernarcissiques ?

A mon avis, on est plutôt face à un comportement assez pragmatique et surtout profondément humain : je m’aime, je veux être connu, je veux être le premier résultat donné par Google…mais je veux aussi contrôler ce que les autres savent de moi. Je m’aime mais pas forcément à 100%, j’aime certaines facettes de moi et ce sont celles-là que je veux faire connaître, je veux sortir en premier sur Google mais sur les mots clés qui m’intéressent, pas n’importe lesquels. Du coup, je jongle entre la volonté d’être toujours plus exposé et le besoin de contrôler cette exposition… C’est pour ça que le « Quit Facebook Day » a eu un succès relatif. Les gens ne sont pas plus qu’hier à la recherche d’anonymat, ce qu’ils aimeraient, c’est que Facebook leur donne des outils simples de gestion de réputation, et non qu’il disparaisse.

Finalement, entre narcissisme et volonté de contrôle, le comportement des individus sur le net identique à celui des entreprises : Elles veulent être médiatisées mais uniquement pour ce qui leur plaît… C’est tout l’intérêt des relations publiques 😉

Fabien Pecot

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