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Wikileaks ou le triomphe du journalisme geek

Ta terre fuieImpossible d’échapper au bruit provoqué par le « Cable gate » qu’a déclenché le site Wikileaks, en assurant la mise en ligne de 250,000 mémos de la diplomatie américaine. … Après la publication de rapports confidentiels sur la guerre en Irak, le site, qui garantit l’anonymat de ses sources, poursuit une politique de révélations-chocs, posant des questions fondamentales sur le droit à l’information.

Si beaucoup de choses méritent d’être portées à l’attention du public, tous les moyens sont-ils légitimes pour y accéder ? L’incitation à la trahison du secret – professionnel ou d’état- fait-elle partie des méthodes licites ? Et tout doit-il être mis sur la place publique au prétexte qu’il s’agirait d’une information rendue disponible ? La devise du site « Publishing improves transparency, and this transparency creates a better society for all people » (Publier améliore la transparence et cette transparence crée une société meilleure pour tout le monde) justifie abruptement la démarche – mais cette formule ne rappelle-t-elle pas, par sa concision enfantine, l’utopie lapidaire de Google avec son célèbre « Don’t be evil” … ? Ce principe suffit-il à justifier la pratique d’un «  journalisme » geek, qui consiste à tout publier – sous prétexte de dévoiler les grandes manipulations dont nous serions victimes ? N’y aurait-il aucune limite à la mission d’informer ?

A cet égard, le plus troublant dans cette affaire n’est-il pas la collaboration des grands journaux mondiaux – Le Monde, le New York Times, le Guardian, El Pais et le Spiegel – à la publication de ces mémos confidentiels ? Tous se sont jetés avec empressement sur les infos de Wikileaks, avalisant de facto les procédés du site, flattés – sans doute – d’être sollicités aux fins d’analyse et-  surtout – pour ne pas être distancés dans la course au scoop. Pour se justifier, le Spiegel estime « que l’intérêt du public était supérieur aux menaces sur la sécurité ». Le Times nous explique « croire sincèrement que les lecteurs intéressés par la conduite de l’Amérique dans le monde trouveront cette matière éclairante » quand Le Monde justifie la publication par le fait qu’« aucun sujet d’intérêt politique, du plus sérieux au plus futile, n’est totalement absent de ces câbles qui (..) dressent un état de la planète, sous l’œil américain. ». En résumé, on publie parce que c’est intéressant … Peu importe le procédé d’obtention et peu importent les conséquences sur les relations intergouvernementales, ce nouveau journalisme à l’emporte-pièce ne veut qu’informer à tout prix.

La boîte de Pandore est ouverte. Après la correspondance diplomatique, on peut imaginer que les médias s’autoriseront à révéler demain, via Wikileaks ou ses confrères, par hacking ou délit d’initié, bien d’autres infos éclairantes : les débats des jurés de cour d’assise, les SMS d’un président à son ex-femme ou les codes nucléaires des états … Tout cela n’est-il pas « intéressant » ? Aussi dommageables qu’elles puissent être pour les tiers, on trouvera toujours des lecteurs concernés par ces révélations. Mais ce grand déballage permettra-t-il vraiment à nos sociétés de « devenir meilleures »?

François Ramaget

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