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Peut-on contester Facebook ?

LeviathanA chaque nouvelle avancée de l’exhibitionnisme 2.0 se créent de nouvelles possibilités de passer inaperçu, car nombreux sont ceux qui conservent l’envie de rester discrets…

C’est ce qu’on peut observer a travers deux évènements récents. L’initiative de Facebook d’abord, qui suscite une certaine « e-motion », voire un malaise, en annonçant que les numéros de téléphone des utilisateurs seront désormais communiqués aux développeurs d’applications avec d’autres données personnelles. Ont-ils le droit de le faire ? Oui, la preuve ! Est-ce « bien » ? Nous y reviendrons plus tard.

Dans le même temps, le très bon Mycommunitymanager a eu l’idée de parler d’un nouveau service intéressant : lignebis.fr, qui permet de créer gratuitement un numéro de téléphone temporaire, automatiquement redirigé vers le numéro de son choix. On peut suspendre à loisir la redirection (et donc filtrer via le site), voire même supprimer son numéro et en demander un nouveau !

Vous voyez où je veux en venir : Facebook veut communiquer les numéros de ses utilisateurs qui, eux, ne veulent pas…… tada ! La nature (et le marché) a horreur du vide, alors quelqu’un offre de l’anonymat (ou le vend via une version premium). Lignebis est une initiative sans commune mesure avec l’annonce de Facebook. Mais l’important, c’est ce que l’on peut en retenir.

La morale tient en quelques mots : tout dépend de ce que nous voulons. Si nous voulons vraiment de l’anonymat, il y aura toujours un offreur pour nous le proposer. Mais le voulons-nous vraiment ?

Quant à savoir que penser de l’annonce de Facebook. N’oublions pas que Facebook n’est qu’un outil ! Un simple outil dont nous nous rendons dépendants, mais qui existe uniquement parce que nous voulons bien nous en servir. Thomas Jamet en avait parlé il y a quelques mois dans Influencia comme d’un Léviathan moderne en le rapprochant de cette « entité étatique de l’intérêt commun », qui promet « le partage, le rapprochement, le lien », mais que l’on est autorisé à mettre en cause dès lors qu’il n’assure plus la sécurité (ainsi des données privées).

Ne manque-t-il pas un élément à cette réflexion ? Dans Le Léviathan, Hobbes explique que pour sortir de l’état de nature, les hommes confient librement l’exercice exclusif de la force, et donc le pouvoir, au Leviathan, chargé de faire régner le Contrat Social par tous les moyens. Les hommes acceptent de ne plus être libres et de se soumettre à cet absolutisme. C’est là qu’il est intéressant de rapprocher Facebook du Léviathan (ou à une drogue aussi …) : ce qui n’était qu’un outil censé rendre des services souhaités, proposant un contrat auquel nous avions le choix d’adhérer librement, peut dériver au point d’être perçu comme une source de légitimité (ou même tyrannie) à laquelle on doit se plier.

Le temps a passé depuis Hobbes, Messieurs Locke, Rousseau et d’autres nous ont expliqué en détails pourquoi ce n’était pas toujours ainsi que ça devait se passer…. Lignebis (entre autres) nous prouve à sa manière que Facebook n’échappe pas à la règle.

Fabien Pecot

2 Responses to “Peut-on contester Facebook ?

  • Très bon article, ça fait du bien de lire des choses qui élèvent un peu le débat sur le sujet 🙂

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