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Sauvons les contenus !

Bottle with ship inside lying on the beach. Conceptual imageL’écrasante domination de Google sur le marché français de la recherche web peut-elle être écornée par les efforts de Bing, le bébé de Microsoft ? A l’occasion du lancement français de sa version définitive, Les Echos ont salué la brassée de partenariats noués par Bing dans l’hexagone pour contrer la Googlemania des internautes français (91,5% de part de marché): Pages jaunes, Bibliothèque Nationale, GIE e-Presse …  Bing va proposer des contenus nationaux dans le strict respect des ayant-droits. Cette brusque poussée de citoyenneté de la part du challenger suffira-t-elle à le tirer de sa marginalité ?

Attardons-nous un instant sur la promesse de Bing envers la presse. Le GIE e-Presse, Alliance de 8 titres engagés dans la valorisation de leurs contenus sur le web, est certes heureux de pouvoir toucher « une partie des revenus publicitaires générés sur Bing sur les requêtes d’actualité », contrairement à la pratique de Google – qui partage les contenus mais garde les recettes…  Cela signifie-t-il pour autant que leurs contenus seront bloqués aux utilisateurs de Google ? Et l’internaute – surtout – aura-t-il envie de recourir à un moteur vertueux ? L’éthique de l’industriel peut-elle vraiment influer sur le choix d’un moteur de recherche ?

Si l’on se réfère à l’exemple de la musique, il n’est pas certain que les offres légales aient plus d’attractivité que les offres grises des sites de peer-to-peer. Force est d’observer que le respect des auteurs ne pèse pas grand-chose dans le choix des utilisateurs. Dans le cas des moteurs, la juste rétribution des médias fera-t-elle préférer la rubrique « Actualités » de Bing à celle de Google ? Sa politique de respect du copyright évitera-t-elle à Bing de faire pschitt ? On aimerait bien, mais on reste sceptique …

Fondamentalement, la création de valeur, et son maintien, se posent de façon aigüe, pour tous les créateurs de contenus, dans l’économie digitale. Ainsi cette question sera-t-elle au cœur du prochain « Sommet mondial du droit d’auteur », dont la tag line « Create – Connect – Respect » résume le dialogue compliqué que doivent nouer créateurs, industriels et consommateurs pour un marché numérique harmonieux. Un triangle tumultueux où la voix des créateurs peine à se faire entendre face à la puissance des diffuseurs et à l’indifférence d’une large fraction du public.

Bing pourrait-il permettre une remise en cause des modèles en vigueur ? On peut en douter quand  on constate, par exemple, que les médias traditionnels sont la source – gracieuse – de 72% des contenus les plus retweetés ou qu’un artiste ne récupère que 9 cents pour un titre vendu 1 dollar sur iTunes : Le contenu gratuit emporte largement les faveurs du public, le contenu payant profite surtout aux diffuseurs et la fréquentation du web repose donc largement sur des contenus que personne ne veut rémunérer… Pourrait-on ainsi s‘acheminer vers un marché qui asphyxie toute production originale?

Le cas n’est pas sans rappeler celui des produit de grande consommation, où ni la grande distribution ni les consommateurs ne veulent supporter le coût des matières premières … Le marché s’est ainsi vu doté d’une «  loi de modernisation de l’économie » afin d’encadrer les divergences entre les parties. Les pouvoirs publics sont intervenu pour calmer les tensions sur l’alimentaire, ils pourraient le faire aussi bien pour la survie des produits culturels.

Non, vous ne pensez pas ? Vous estimez que les news ne sont pas comparables aux fruits et légumes – et que l’intelligence de l’internaute suffira à équilibrer les rapports de force. Alors, sans doute, vous avez abandonné Google pour Bing depuis l’annonce de sa version française, c’est bien çà ?

François Ramaget

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