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Le petit oiseau qui chahutait les canards

source: blog Samuel Mallet (http://samuelmallet.wordpress.com)

source: blog Samuel Mallet (http://samuelmallet.wordpress.com)

« Twitter, prochain prix Pulitzer », pour sa soirée de lancement à la Bo[a]te, le Social Media Club Marseille avait décidé d’aborder hier soir les malheurs de la presse, vus sous l’angle du succès des media sociaux. Le panel et la (très nombreuse) assistance ont abordé la nécessaire révolution des rédactions, le poids du papier, le besoin de revenir aux fondamentaux du métier journalistique (mais lesquels)…

Lionel Fleury, directeur de l’Ecole de Journalisme et Communication de Marseille a ouvert le débat en rappelant que la question ne datait pas de Twitter mais de 1973, lorsque Europe 1 avait décidé d’introduire son « téléphone rouge » afin de permettre aux auditeurs d’alerter la radio. Le public pouvait devenir acteur de l’info, ce qui supposait déjà une remise en question du monopole de l’apport d’information du journaliste.

« Certains progrès techniques viennent briser les rentes »

C’est Rubin Sfadj (avocat, blogueur, professeur à l’IAE d’Aix et @rubin sur Twitter) qui a prononcé cette phrase pour résumer une longue intervention de Pierre Boucaud (Directeur de la publication de Marsactu, @pboucaud) qui expliquait comment les nouveaux outils lui avaient permis de venir concurrencer la Provence et la Marseillaise sur le terrain de l’information locale. Mais aussi à Edwy Plenel de venir chahuter le Monde. Les nouvelles technologies ont fait baisser le ticket d’entrée « on peut presque faire du direct avec un téléphone ! », et quand on lui dit que Twitter met en danger les agences de presse, il répond du tac au tac « de toutes manières, à marsactu, on n’avait pas les moyens de se payer l’AFP ».

Quel est le cœur du métier de journaliste ?

Pour Philippe Pujol (journaliste à la Marseillaise, @philippepujol), il y aura toujours des gens qui auront besoin de faire un travail journalistique, il explique un brin fièrement « aujourd’hui à Marseille, qui a le numéro du Procureur, du Commissaire de Police et de 2 ou 3 truands ? Moi », pour lui, ce qui peut faire la différence, c’est le carnet d’adresse et la relation que le journaliste entretien avec ses sources. C’est sa seule garantie d’avoir l’info avant Twitter… « jusqu’à ce que ton carnet d’adresses commencent à twitter » modère Pierre Boucaud.

Pour Rubin Sfadj, « les gens de media doivent réinventer leur pertinence », prenant l’exemple du Monde, il explique que si les pages opinions sont vraiment différentes et intéressantes, les actus sont souvent périmées lorsqu’elles sont imprimées. Quelle est la pertinence d’une info périmée ? Comment redonner de la valeur à une information lorsque je sais qu’elle n’en sera plus une lorsqu’elle sera publiée ? Les quotidiens pourraient ici s’inspirer des magazines… Car comme le faisaient remarquer tour à tour Philippe Pujol et Nouredine Zidane (journaliste de France Inter ayant participé à l’expérience Huis Clos sur le Net) : si le tweet se prête bien au faits divers, il ne permet pas de révéler une analyse de fond (autrement qu’avec un lien vers un article).

On se rappelle aussi qu’à Berlin, les « Ownis » nous avaient donné leur vision du rôle des journalistes : un hacker capable de proposer une information visuellement facile à intégrer, travaillant dans un media devenu lieu de collecte des données brutes, mais aussi de vérification, d’analyse, de mise en forme, puis support de leur diffusion vers tous les utilisateurs.

Alors on fait quoi ?

Une idée : un quotidien ne cherche plus à être le premier mais à rendre compréhensible la masse de twitinfos diffusés la veille, grâce à des analyses ou des éclairages obtenus par un carnet d’adresses bien fourni.

Mais au-delà, les groupes media doivent arriver à gérer différents appareils industriels : un flux continu sur le web, mais aussi des articles de fond qui viendraient plus tard, peut-être sur papier. Et que dire de l’Etat qui investit sur le passé en aidant Nice Matin à investir 18 millions d’euros pour acheter des rotatives et soumet Mediapart, Marsactu et les autres à  une TVA de 19,6% ?

Comme souvent, l’arrivée d’une révolution technique pousse les acteurs du secteur à se réorganiser, on a pu constater hier, à la Bo[a]te qu’à défaut d’avoir trouvé LA solution, le secteur bouge et teste des choses, dont certaines semblent prometteuses.

Fabien Pecot

NB: Une première réussie pour l’antenne marseillaise du Social Media Club France, avec plus de 50 personnes présentes et surtout de la qualité dans les débats. Vous pourrez retrouver tous les tweets d’hier avec le hashtag #SMCmars. Prochaine conférence le 3 octobre, bonne chance pour la suite.

Très bon billet de Samuel Mallet sur le « Journal Twitter » (à qui j’ai emprunté l’illustration)

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