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Kadhafi ou le « Syndrome du Dictateur Fantôme »

TERRORISM. Wordcloud illustration.Les décombres de la caserne fument encore à Tripoli… Le symbole de la tyrannie et de la mort, semble effectivement dispersé, mais le fantôme du Guide n’a jamais été aussi présent dans les médias internationaux. Pour le constater, il suffit de consulter les news en continu, le fil d’information de Twitter, ou les reprises sur tous les supports issus des réseaux sociaux.

Jusqu’au bout, le récepteur, que nous sommes, est abreuvé d’informations de toutes parts. Le Colonel aime beaucoup les mises en scène, les signes directs ou indirects lancés à la face du monde. Sa dernière apparition, en joueur d’échec, au milieu du mois de juin, vue comme la parabole du stratège qui prémédite ses coups et ses actions, en est la preuve. Son intervention radiophonique, même s’il est possible qu’elle est été enregistrée à l’avance, a parfaitement rempli la fonction de propagande du phénomène de l’insaisissabilité. La menace invisible d’un terrorisme permanent. Enfin, le timing de ses prises de paroles, et son silence par endroit, produisent à chaque fois un flot d’interrogations destiné à entretenir le mystère.

Mais où est donc Kadhafi ? C’est la grande question fiévreusement portée par les milieux informatifs (le mot « Kadhafi » génère près de 50 000 mentions en une heure de temps). Question mille et une fois répétée par les internautes et la presse. A noter la grande prudence de la coalition, qui n’avance aucune déclaration sur ce thème pour le moment. Nous entrons donc dans une période, que nous pourrions comparer à celle de la disparition/fuite de Ben Ali, voire celle de Saddam Hussein, Ben Laden ou même Adolf Hitler (considéré vivant jusqu’en 1956 par le FBI).

Mystère, désinformation, annonces fracassantes. Pas de trace physique ou des indices savamment distillés, soit directement par l’émetteur (en l’occurrence Kadhafi lui-même), soit par son propre auditoire, donc des possibilités d’affabulation infinies ! Tout comme le Raïs, le Colonel semble atteindre plusieurs états : il meurt tout d’abord, puis ressuscite, enfin, il voyage un petit peu – en Algérie, ou au Venezuela, par exemple. Ici, le manque de recul et l’immédiateté des informations ne permet plus de distinguer vraiment le commentaire de l’article investiguant réellement le fait. De même l’amplification des informations est sans précédent, relayées par le citoyen lambda, aussi bien que par le journaliste sur un réseau toujours plus vaste et interactif. C’est le brouillard médiatique, mêlé de rumeurs, théories du complot, de considérations personnelles et de suppositions stratégiques à tout va. Une séquence de non-information.

Ce phénomène pourrait être baptisé « Syndrome du Dictateur Fantôme (SDF) ». Ce syndrome pourrait se décrire comme une sorte de fantasme voyeuriste (un homme au pouvoir sans limite maintenant déchu), une personnification du mal absolu rodant encore parmi la foule de manière anodine et secrète, une aubaine de communication démesurée et souvent très imaginative. Cela, souvent, au dépend de la rigueur et de l’analyse, car d’ailleurs, comme le mentionnait Hubert Védrine sur France Inter, le 24 août : « tenter de connaitre l’endroit où se cache Kadhafi n’est qu’un détail, et au fond, n’a plus grande importance ». Il faudrait donc le décortiquer, quantifier précisément et trouver les raisons psychologiques des ces assertions, suivant la méthodologie d’Edgar Morin lors de son analyse de la rumeur d’Orléans.

Sorti des considérations géopolitiques et stratégiques, il faut constater que la guerre de l’information à tout prix, et les possibilités de la véhiculer, déforment totalement notre vue réelle de la situation. Il ne reste plus au Guide que d’ouvrir un compte Twitter…

Jean-Baptiste Damestoy

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