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Kony 2012 : le choc de la vidéo, le poids des réseaux sociaux

Au cours des deux dernières semaines, les adeptes de la toile, lecteurs  de blogs sérendipiteux, ou plus simplement détenteurs d’un compte facebook ou twitter auront difficilement pu passer à côté du phénomène Kony 2012. Encore une campagne électorale ? De nouveaux jeux Olympiques pour concurrencer London ?

Rien de tout cela, juste la vidéo ayant le plus vues en un temps record, à savoir 100 millions en six jours grâce à son partage massif sur les principaux réseaux sociaux facebook et twitter.

Cette vidéo virale de près de 30 minutes crée par l’ONG américaine Invisible Children a pour objectif la mobilisation de l’opinion publique sur les exactions du chef de guerre ougandais Joseph Kony, dont principalement l’enlèvement et enrôlement dans ses troupes de plus de 30 000 enfants. L’association, fondée par trois amis partis il y a neuf ans partis pour faire un documentaire sur le conflit ougandais, a réussi un coup de maître communicationnel. La vidéo exploite tour à tour différents matériaux : images de documentaire, interviews de rescapés et de politiciens, actions de campagne des militants de l’ONG… Le tout sur le registre très fort de l’émotion. Une fois la vidéo terminée, l’on a envie que d’une chose : courir s’engager avec eux, les accompagner dans leurs opérations d’affichage sauvage, partir évangéliser les populations en distribuant de petits bracelets aux couleurs de l’association et encourager les plus investis à verser « quelques dollars » tous les mois.

Néanmoins, l’enthousiasme viral est à contrebalancer par les vives critiques qu’a soulevées la vidéo notamment dans les médias classiques. L’association est tour à tour accusée de simplification du problème ougandais, notamment dans le Guardian  qui relève le fort mécontentement des Ougandais à la suite d’une projection locale de la vidéo. Ces derniers ne se reconnaissent pas et ne sentent pas pris en compte dans ces images trop hollywoodiennes ni dans la campagne marketing lancée par l’ONG.

L’Express, le Nouvel Observateur et Le Monde commentent également le phénomène Kony et son manichéisme latent. Les médias soulignent entre autre l’utilisation un brin excessive des fonds de l’association (à hauteur de 60% soit plus de 8 millions de dollars) pour la vidéo et la campagne de communication qui l’accompagne, au détriment de l’action sur le terrain en Ouganda.

L’association a en effet déployé un dispositif « obamesque » pour faire connaître son action : interpellations sur youtube et twitter des people américains, affiches, stickers, campagnes d’affichage sauvage  et distribution de bracelets possédant un numéro d’identifiant pour faire partie de la campagne, le tout dans des « action kit » pour militants…

Si la vidéo fait fureur sur la toile, elle provoque donc questionnement et scepticisme du côté de la presse professionnelle, peut-être un peu vexée de ne pas être prescriptrice de ce fulgurant succès.

Personnellement la video a déclenché chez moi un effet en deux temps. D’abord le temps de l’émotion, de l’empathie : ce Kony a effectivement l’air ignoble et la cause que défend Jason Russell, co-fondateur de l’ONG omniprésent tout le long du film, paraît juste et son action bien menée.

Puis vient le temps des questions : pourquoi ce Jason est-il  à ce point mis en avant, au point de montrer des extraits vidéo de l’accouchement de sa femme et des images de son fils affirmant que plus tard il sera comme son papa ? Pourquoi recourir à tant d’images semblant tout droit tirées d’une publicité ?

Quelque chose dérange dans cette vidéo. Peut-être justement cet écart entre le fond – à savoir la traque d’un chef de guerre sanguinaire afin d’obtenir justice – et la forme hybride de cette production, sorte de fille bâtarde d’un reality show, d’un pseudo-documentaire et d’un film hollywoodien tendant à tirer un peu trop sur la corde de la sensiblerie et du storytelling, autour de la figure du héros/cowboy Jason, son principal protagoniste.

La fin justifie-elle les moyens ? Chacun sera libre de verser sa larme ou son venin, mais peu resteront indifférents.

 

Julie

 

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