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Des #Stones et du marketing


Peut-on imaginer qu’une marque populaire se premiumise au fil du temps – puis se diversifie, d’un coup, vers le low cost et l’ultra-luxe … ? Absurde, direz-vous. C’est pourtant le traitement infligé ces jours derniers à la marque Rolling Stones, emblématique de la rock music !

Je m’explique. Qu’on apprécie ou non la musique des dinosaures du rock, impossible d’échapper au buzz suscité par les 50 ans de carrière des Rolling Stones, célébrés en 2012. Le groupe de petits blancs middle-class, inspirés par le blues des pionniers, a gravi toutes les marches du star system pour devenir le plus grand groupe de rock de tous les temps et vendre plus de 200 millions d’albums. Mais, s’ils ont beaucoup vendus depuis leurs débuts, ils semblent encore avoir besoin de cash ainsi qu’en témoigne la politique tarifaire des rares (4) concerts commémoratifs qu’ils donneront en cette fin d’année à Londres et New York : Avec un prix officiel allant de 130 à 500 € le fauteuil, on ne peut pas dire qu’ils aient privilégié les couches populaires de leur audience. A fortiori, quand, évitant les grands stades, ils ont choisi de jouer dans salles moyennes, réservant l’exclusivité de leur retour sur scène à moins de 80 000 élus à travers le monde. Résultat : Avec une demande estimée à 1 million de fans, tous les billets se sont vendus en 7 minutes, et ils atteignent désormais jusqu’à 15 000 livres au marché noir…

Est-ce pour corriger cette image de stars nanties? Ce matin, la bonne nouvelle tombait sur Twitter : les Stones donnent ce soir un concert low-cost à Paris ! 15 € le ticket, le plus grand groupe du monde au prix du plat du jour !! Avouez que ça fait de l’effet et tous les médias de relayer l’annonce … Vérification faite, seuls 175 personnes ont pu se procurer le sésame, moyennant une queue méritoire devant le Virgin Mégastore. Mais on notait quand même l’intention louable de permettre à quelques bienheureux d’écouter “I Can’t Get No Satisfaction” sans débourser un demi-mois de SMIC.

Et puis, patatras, une autre information paraissait un peu plus tard, venant carrément contredire la première : la confirmation, lundi prochain, d’un concert privé à Mogador, réservé cette fois aux invités de la société de bourse Carmignac Gestion. Voilà qui fleure bon le cachet discrétionnaire, sur le mode de ces anciennes gloires de la politique se recyclant en conférenciers pour des parterres choisis. Et même ces billets de Mogador vont se retrouver allègrement sur le marché parallèle ! On dénombre déjà près de 1000 likes pour l’événement sur le site leader de revente de billets…

Au final, l’image des Stones apparait un peu brouillée. A-t-on affaire à de vieux requins show-biz, motivés par la seule odeur du cash ? Ou à des musiciens populaires, désireux de le rester ? Sans doute un peu des deux. Tiraillés entre les conseillers fiscaux et l’amour sincère des 4 accords du rock, ils semblent naviguer à vue sans trop se préoccuper de marketing. Avec une prestation proposée à 15 € un jour et 15 000 livres le lendemain, une marque conventionnelle aurait du mal à survivre. Mais les stars ne sont sans doute pas des marques comme les autres. Les scandales et les coups de tête font partie de l’ADN des Stones et leurs millions de fans continueront de les idolâtrer pour cette capacité à créer l’événement. Ce qu’aime le public des Stones, Tom Wolfe l’avait résumé à sa manière : « The Beatles want to hold your hand, but the Rolling Stones want to burn down your town ! « . Et puis, si l’on demandait à Keith Richards ce qu’il pense du marketing, il est probable qu’on n’obtiendrait guère qu’une forte réponse monosyllabique … 😉

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