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Et si attachés de presse s’attachaient à lui venir en aide ?

La presse est malade. Après les disparitions de France Soir et la Tribune, Libération pourrait bien approcher à son tour le bord du gouffre… Dans le même temps, l’ensemble des quotidiens multiplient les plans sociaux (20 Minutes, La Montagne, Nice Matin,..), les plans d’économies (Le Parisien) ou de départ (L’Equipe, Le Figaro). Sans se prononcer sur leurs stratégies face à la révolution numérique, force est de constater ses dégâts sur l’industrie de l’information. L’inéluctable fin d’un modèle économique, fondé sur la fidélité du lectorat et la bonne santé de la publicité, ne peut être contrebalancée par la générosité des aides à la presse – qui financent déjà chaque quotidien de France à raison de 20 centimes par numéro…

La sagesse africaine prétend qu’un vieillard qui meurt, c’est comme une bibliothèque qui brûle. Ne voyez-vous pas ici qu’un quotidien qui disparait, c’est un pan de la démocratie qui s’effrite ? La démocratie n’existe que par la diversité des opinions – et leur capacité à s’exprimer. Quelle que soit sa ligne éditoriale, tout journal a droit de cité parce qu’il participe à la vitalité du débat public. Chaque journal contribue aussi à la dynamique de l’économie, par la publicité bien sûr, mais aussi par l’information journalistique qui renseigne sur la vie des marques et des entreprises. Et un titre qui disparait, c’est un espace d’actualité qui fait défaut aux acteurs de l’économie.

Comment lutter contre cette maladie sociétale qu’est le rétrécissement du pluralisme media ? Demander plus à un Etat surendetté ? Appeler les annonceurs à confondre achat d’espace et mécénat culturel ? Ou bien convaincre la génération Y de se noircir les doigts avec un quotidien ?  Toutes ces issues paraissent bien illusoires. Et le danger est immense que le marché de la presse ne connaisse encore de lourdes pertes avant que n’émergent de nouveaux modèles.

A moins qu’une autre voie ne puisse être envisagée … Considérons simplement l’écosystème de l’information, éditeurs, entreprises et lecteurs. Les entreprises ont besoin des médias pour développer leur discours à destination de leurs audiences. Au-delà de la notoriété publicitaire, elles ont besoin du relais critique des journalistes pour s’adresser à leur public en toute légitimité. Elles semblent donc directement concernées par les difficultés de la presse … Ne pourraient-elles pas envisager de contribuer à son financement autrement que par leur dotation publicitaire ? Dès lors, serait-ce vraiment une utopie que d’envisager la création d’un fonds de soutien au pluralisme de l’information, alimenté par les contributions des entreprises ? … Certaines de nos agences de communication pourraient être le moteur de cette initiative.

Quelques grands patrons se sont déjà engagés dans le sauvetage de journaux en péril, mais nous imaginons ici un fonds de soutien ouvert à toutes les entreprises conscientes des enjeux de la biodiversité médiatique. Ce fonds citoyen réunirait  les entreprises qui comprennent l’intérêt de protéger et développer une industrie nationale de l’information. Guidé par un sens de la responsabilité sociétale, ce fonds ne s’inscrirait pas dans une optique de mécénat, ne viserait pas la  diversification industrielle de ses financeurs, ne loucherait pas sur la prise de contrôle à des fins d’influence éditoriale. Et il pourrait être animé par les organismes représentatifs des agences RP et Corporate, celles-là même qui travaillent au quotidien avec les rédactions, et l’ensemble des entreprises concernées. Une belle occasion de faire entendre la voie des RP, et démontrer que la profession des « attachés de presse » est aussi concrètement attachée à elle…

On pourra objecter qu’aucune des parties ne  souhaitera s’afficher dans un dispositif qui révèlerait leurs liens privilégiés. C’est, bien sûr, très possible. L’écosystème de l’information continuerait alors de danser sur le pont du Titanic, en regardant les médias se noyer l’un après l’autre dans les océans des pertes et de l’indifférence. Jusqu’au moment où l’on pourra plus « s’informer » que dans le  brouhaha de Twitter… Nous espérons qu’il n’en sera rien. Et nous vous remercions de vos contributions sur ce thème.

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