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Disneyland ou la magie de 1992

Cher Monsieur Disney,

Après une journée passée à Disneyland, votre parc d’Ile de France, le plus célèbre des parcs de loisirs européens, je souhaiterais vous donner mon avis sur cette attraction unique dont vous m’avez permis de faire l’expérience. Oui, je sais qu’elle n’est pas signalée par les guides officiels du parc, mais je vous garantis qu’elle existe bel et bien pour tous vos visiteurs : Je veux parler de « Retour vers le futur », l’ébouriffant voyage temporel que propose Disneyland et qui nous replonge en 1992 … En effet, votre parc fête cette année ses 25 ans et tout s’y passe comme rien n’avait changé en un quart de siècle, pour le meilleur comme pour le pire.

Fotolia_129669466_XSPour le meilleur, j’ai bien sûr été réjoui par le sourire des enfants que j’accompagnais, la raison évidente d’y venir et revenir de temps à autre. De génération en génération, les enfants sont toujours émerveillés par cette foire du trône hi-tech, joliment déclinée selon les univers de vos franchises.

Pour le pire, et j’en suis désolé, il semble que vous ayez oublié que le temps passe – et qu’il transforme les attentes des consommateurs. Quand je fréquentais Eurodisney en 1992, l’année de l’ouverture, je rageais déjà sur les files d’attente et cependant, je ne m’étonnais pas de devoir piétiner si longtemps pour accéder aux attractions les plus courues. C’était la norme de l’époque. Mais, quand en 2017, je constate qu’il nous a fallu passer – avec des enfants – près de 10 heures à Disneyland pour profiter de 7 tours de manège de 4 à 5 minutes, je me dis que quelque chose vous a échappé… Avec 95% de temps d’attente pour 5% de temps de plaisir, l’équation parait bien mal équilibrée.

Bien sûr, vous accueillez près de 15 millions de visiteurs annuels qui se répartissent entre vos 54 attractions, ce qui vous pose un terrible problème de gestion des flux. Mais le musée d’Orsay accueille dans le même temps plus de 3 millions de visiteurs, le Louvre et Versailles plus de 7 millions. Oh, bien sûr, on attend pour y entrer, mais on n’y fait qu’une fois la queue. Chez vous, elle est longue et récurrente. Et surtout, ces établissements font de réels efforts technologiques pour minimiser l’attente : Ils proposent tous la possibilité de réservation pour une journée et un horaire dédié, ce qui leur permet d’étaler la demande sur l’ensemble des plages d’ouverture.

les echosChez vous, M. Disney, rien de tel. On achète un billet à un tarif donné qui permet l’accès au parc pour n’importe quel jour … Vous ne pouvez donc prévoir précisément combien d’enfants (excités) et de parents (résignés) vont se bousculer à l’entrée sur un jour J… Vous me direz qu’il y a un système de Fastpass qui permet de réserver un créneau pour une attraction – mais il ne concerne que 10 des 54 attractions du parc. Le plus souvent, pour traiter le problème, vous vous êtes contenté de multiplier les zigzags des files d’attente, sans vous émouvoir de l’inconfort que tout individu normalement constitué éprouve à cheminer, à 0,1 km heure, au coude à coude avec des familles excédées. Sans imaginer non plus l’agacement de toute la queue quand, par un système de passe-droit obscur, quelques visiteurs privilégiés leur passent gentiment sous le nez, dont on ignore la provenance et le statut …

Voudrait-on se distraire avec son smartphone ? C’est impossible car là encore, vous ne l’aviez pas oublié, nous sommes en 1992 : le wifi n’a pas de raison d’être ici car le smartphone n’existe pas encore… Dans les faits, il y a bien quelques rares hotspots disséminés ici et là, mais certainement pas une couverture intégrale. Et la 4G, sollicitée par 40000 personnes, fait ce qu’elle peut en nous implorant encore à la patience (3 minutes pour charger une page…).

Cet énervement n’est d’ailleurs pas grave : il sera de courte durée car il n’y a pas, non plus, de borne de rechargement pour les mobiles. Et votre smartphone, exténué d’avoir surfé – tant bien que mal – et beaucoup photographié, rendra certainement l’âme avant la fin de la visite.

Le souci, M. Disney, c’est qu’en 2017, tout le monde a un smartphone. Et tout le monde a pris la mauvaise habitude de s’en servir pour gagner en confort. Alors, imaginez notre frustration à nous voir transportés dans un parc d’un autre âge qui ne propose même pas de billetterie électronique …

Pour être honnête, j’ai bien vu que vous proposiez une appli mobile (récupéré après un interminable chargement en 4G), mais elle s’est bornée à me signaler obstinément les 80 minutes d’attente nécessaires pour accéder au fameux « Big Thunder Mountain ». Et, dans la queue, j’ai eu tout le temps de rêver d’une appli mobile qui sache me tracer un itinéraire personnalisé avec des délais d’attente maitrisés … Un souhait légitime car nous sommes dans l’ère du smartphone et vous le savez bien : Vous avez certainement noté tous ces visiteurs qui n’achètent plus vos photos à 15 € l’unité – mais préfèrent shooter leur propre photo au sortir d’une attraction où ils ont été surpris par le flash de vos appareils.

Certes, « Retour vers le futur » était – et demeure – une fantastique idée d’entertainment, mais il est inutile de nous la rejouer dans votre parc : A l’heure de l’expérience utilisateur, cette « attraction » ne plait définitivement pas au public. Vous qui savez si bien nous faire rêver avec vos concepts futuristes, de grâce, laissez tomber 1992. Et emmenez-nous d’urgence dans le présent connecté.

 

 

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